UNE JOURNALISTE EXPULSéE DE RUSSIE APRèS DES ARTICLES CRITIQUANT M. POUTINE

Journaliste de l’hebdomadaire russe New Times, Natalia Morar regagnait Moscou après un voyage de travail en Israël, dimanche 16 décembre, lorsqu’elle s’est vu interdire l’accès au territoire russe, sans raison. Ses papiers étaient en règle et en tant que ressortissante moldave, elle n’a pas besoin de visa pour entrer en Russie où elle vit depuis six ans.

Interpellée à l’aéroport moscovite Domodedovo, la jeune femme a été placée en détention administrative puis expulsée vers la Moldavie, où vivent ses parents, sans la moindre explication. En l’expulsant, les gardes-frontière (une unité qui dépend des services de sécurité FSB) ont fait allusion à une “directive orale du FSB”. Arrivée en Moldavie, la journaliste s’est rendue à l’ambassade de Russie pour en savoir plus, sans succès.

Auteur de plusieurs articles sans concessions sur le président russe Vladimir Poutine, Mme Morar gênait. Interrogée par la radio russe Echos de Moscou, elle a estimé que sa dernière enquête était à l’origine de ses déboires : “La raison la plus probable est mon dernier article (…) qui décrit en détail comment les élections (les législatives du 2 décembre) ont été financées par l’administration présidentielle.” L’article affirmait que le Kremlin contrôlait étroitement les finances des partis autorisés à se présenter aux élections.

L’un des collègues de Mme Morar, lui, a évoqué un article sur le meurtre, en septembre 2006, du gouverneur adjoint de la banque centrale. L’article mentionnait des transferts de fonds vers l’étranger de hauts responsables de l’administration présidentielle et d’un général du FSB.

D’après Oleg Panfilov, du centre de défense des journalistes, ces huit dernières années, 40 personnes (journalistes et militants des droits de l’homme) ont été expulsées de Russie.

Marie Jégo